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Pré-sélectionné pour représenter l'Italie à la 82e Cérémonie des Oscars, le film a obtenu 4 récompenses du Syndicat National Italien des Journalistes : Meilleure Actrice, Meilleur Photo, Meilleur Montage et Meilleurs Décors, sélectionné en Compétion Officielle au Festival de Cannes.

Distribu� par :
ABC Distribution
Ce film n'est plus à l'affiche

Vincere

Critique :

(...) une oeuvre magistrale, un geste stylistique, poétique, politique d'une rare envergure.

Le nouveau film de Marco Bellocchio, qui fut bien avant Nanni Moretti l'enfant révolté du cinéma italien, est une oeuvre magistrale, un geste stylistique, poétique, politique d'une rare envergure.

(...) Le cinéma de Bellocchio se confronte depuis ses débuts (Les Poings dans les poches, 1965) à l'aliénation de l'individu par les institutions sociales. Sa belle intuition est d'avoir pressenti que cette histoire offrait au cinéma l'angle de pénétration le plus incisif pour évoquer, dans ce qu'il a de plus abject, le phénomène fasciste. Le fascisme, non pas tant comme appareil de domination, mais comme passion fusionnelle, conquête des âmes, dévotion des coeurs, transport amoureux, jouissance érotique.

Ce parallèle entre l'effusion charnelle et l'adhésion politique trouve son expression à travers un constant va-et-vient entre l'histoire intime, reconstituée avec des acteurs remarquables (Giovanna Mezzogiorno et Filippo Timi), et des images d'archives qui témoignent, par leur mise en scène opératique (lyrisme furieux de la composition musicale de Carlo Crivelli, slogans futuristes barrant l'écran, transes collectives, etc.), du vent de folie et de carnage qui s'empare alors de l'Histoire.

Ce que ce procédé pourrait faire perdre au fil d'une narration déjà fragmentée (le film couvre une longue période entre la rencontre des amants, en 1907, et l'enfermement de Benito Albino, en 1936), Bellocchio le reconquiert par la force et l'intuition de sa vision poétique. Pénombre baignant les amants comme la scène inconsciente du fascisme en devenir, troupe d'aveugles marchant silencieusement dans la nuit, scène de duel sous un ciel de plomb enfumé par de sinistres hauts-fourneaux, caresse ensanglantée des amants, grilles de l'asile que la femme abandonnée et à demi-folle escaladera pour jeter au-dehors ses lettres d'amour au Duce, ses doléances au monde entier.

Non moins remarquable est la part prépondérante que Marco Bellocchio consacre au cinéma proprement dit dans cette tragédie, par le montage d'archives ou par le biais de scènes durant lesquelles les personnages assistent à une projection (au cinéma, à l'hôpital, à l'asile, etc.), qu'il s'agisse de bandes d'actualités ou de fictions contemporaines de l'action du film (Le Kid, de Chaplin, Octobre, d'Eisenstein...). Car c'est bien avec l'émergence du totalitarisme que les mécanismes spectaculaires du cinéma, son cadre plus grand que nature, son culte de la vedette, sa puissance d'identification et de fascination sont mis à profit par le politique afin de subjuguer les mêmes spectateurs.

Le coup de génie de Vincere - "Vaincre" en français, et qui fut un slogan du fascisme - est de faire se succéder ici deux incarnations de Mussolini : la première, au temps de l'idylle du couple, par l'acteur qui l'interprète, la seconde, au temps de la rupture, par le véritable Mussolini, tel qu'Ida le découvre, désormais inaccessible, sur les écrans de cinéma. Avec ce résultat paradoxal que l'acteur de la reconstitution y paraît plus réel, plus crédible que le navrant histrion des actualités de l'époque. Cette figure monstrueuse, grotesque, n'est pourtant rien d'autre que la projection sur écran du fantasme passionnel d'Ida. Pathétique héroïne de ce mauvais mélo, Ida Dalser est à ce titre une figure de l'Italie telle qu'elle a rêvé le fascisme, telle qu'elle l'a aimé pratiquement jusqu'au bout en victime consentante. Et si par hasard on se demandait encore en quoi ce constat intéresse notre époque, il faudrait prêter attention à la troisième incarnation de Mussolini que nous donne à voir Vincere : Filippo Timi, interprète de Mussolini, y incarne également son fils, Benito Albino, à l'âge adulte : un faible d'esprit écrasé par la main paternelle, qui joue de sa ressemblance pour produire des imitations farcesques du Duce. Cette tragédie rejouée en farce, ne serait-ce pas l'Italie d'aujourd'hui ?

par Le Monde

(...) Bellocchio gagne sur tous les tableaux et signe une oeuvre fiévreuse (...)

Dans Vincere , son nouveau film lyrique et inspiré, Marco Bellocchio retrace un épisode clandestin des années noires de son pays et s'intéresse en premier lieu à l'obsession d'une femme, rétive à toute forme de compromis. Passant du particulier (son héroïne) au collectif (son pays), Bellocchio gagne sur tous les tableaux et signe une oeuvre fiévreuse, urgente, dont le moindre des mérites n'est pas de révéler dans un rôle majeur une comédienne exceptionnelle : Giovanna Mezzogiorno, impeccable de la première à la dernière scène. L'actrice et le film ont été les grands oubliés du dernier Festival de Cannes. Espérons que l'accueil du public réparera cette injustice.

Le Point par Olivier De Bruyn

"Vincere", ce n’est pas du cinéma, c’est du 7e art.

(...) "Vincere" est tout à la fois un mélodrame poignant, une mise en scène exceptionnelle, la métaphore d’une Italie trahie, une mise en abyme politique esquissant la continuité de Mussolini à Berlusconi. Dans une synthèse étourdissante, Marco Bellochio embrasse ses thèmes chers, la famille (Les poings dans les poches, Le saut dans le vide), la psychiatrie (Fous à délier), la violence politique (Buongiorno, Notte), la religion (Au nom du père, Le sourire de ma mère) et amène deux comédiens Filippo Timi et Giovanna Mezzogiorno a se dépasser pour offrir des compositions inoubliables. "Vincere", ce n’est pas du cinéma, c’est du 7e art.

La Libre du 10/02/2010 par Fernand Denis
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